OCT OEEO

PPP_Décembre_2016

Issue link: http://oct-oeeo.uberflip.com/i/748683

Contents of this Issue

Navigation

Page 23 of 59

22 Pour parler profession | Décembre 2016 adolescents veulent, au fond, c'est être pris au sérieux, dit Daniel Levy, et c'est ce que nous ressentions dans sa classe.» On dit souvent que quelqu'un est un «enseignant né», mais voilà une expres- sion qui acquiert un sens nouveau à la lumière du cheminement de carrière de M me Carrier : «J'aidais mon enseignante de 2 e année, M me Neary, en classe! J'ai tou- jours adoré apprendre et aussi enseigner ce que j'apprenais, se souvient-elle en riant. Par contre, j'étais peut-être un peu difficile à endurer, l'élève qui sait tout.» Après avoir passé les années des paliers élé- mentaire et secondaire à Peterborough, M me Carrier a ensuite fréquenté l'Uni- versité Carleton, à Ottawa; l'Université de Manchester, en Angleterre; l'Université Trent, à Peterborough; puis la Faculté d'éducation de l'Université de Toronto. Elle a commencé sa carrière en 1974, au Toronto District School Board, peu après avoir reçu l'autori- sation d'enseigner. Elle a passé 14 ans comme adjointe à la direction de la section d'anglais de la Northern Secondary School avant de devenir chef du programme d'anglais au North Toronto Collegial Institute, en 1998, où elle est demeurée jusqu'à sa retraite, en 2004. «Ma carrière en enseignement a été merveilleuse, dit-elle. J'ai eu la chance de vivre à une période où il n'y avait pas trop de technologie et juste assez de liberté. J'ai également toujours travaillé avec de formidables chefs de section, ce dont tout enseignant rêve et a besoin.» Avec un cheminement riche, Anne Carrier a fait ce qu'elle était destinée à faire, tout comme Daniel Levy. Même si son père était dans le domaine de l'humour, M. Levy ne savait pas vrai- ment où il s'en allait avant d'entrer dans la classe de M me Carrier. «J'ai d'abord cru que le journalisme serait une bonne carrière pour Daniel parce qu'il était très attentif envers ses pairs, participatif et informé», explique l'ancienne ensei- gnante de la vedette. Pour Daniel Levy, cette observation est exacte. «C'est drôle, parce qu'en effet, j'ai passé 8 ans à gagner ma vie à parler aux gens à la télévision. Je pense que c'était, dans la culture populaire, une forme de journalisme.» Son ancienne enseignante admet qu'elle n'aurait jamais deviné son chemi- nement de carrière. Mais elle se souvient tout de même qu'il avait coanimé le spec- tacle de mode de l'école et commencé à devenir plus extraverti. Après avoir découvert le programme de théâtre de l'école, Daniel Levy avait excellé dans ce rôle, à tel point qu'il avait cherché à participer à d'autres activités du même genre. Mais la réussite de Daniel Levy aujourd'hui ne se résume pas à être acteur, car il est également auteur, et c'est à Anne Carrier qu'il en accorde le crédit. «M me Carrier mettait l'accent sur la signi- fication du non-dit et son importance, ce que j'aimais beaucoup, explique la vedette de Schitt's Creek. C'était incroyablement stimulant de lire entre les lignes et d'essayer de déterminer où l'auteur voulait en venir. Et aucun auteur n'a recours au non-dit comme Shakespeare! "Quand les malheurs arrivent, ils ne viennent pas en éclaireurs solitaires, mais en bataillons!" Je n'oublierai jamais cette citation de Hamlet.» Le tournant pour le développement de Daniel Levy comme auteur a toutefois été un travail sur le roman de 1993 de Thomas King, L'herbe verte, l'eau vive. Lui et son ancienne enseignante s'en souviennent parfaitement. «Ce travail écrit a été majeur pour moi comme élève et comme auteur, raconte M. Levy. Nous devions écrire un essai sur une histoire remarquable. J'ai décidé de prendre un risque en imitant la structure narrative unique du livre. Une fois terminé, le travail ressemblait davantage à un mémoire. «La semaine suivante, M me Carrier a lu mon travail à la classe, comme exemple d'une pensée imaginative, explique M. Levy, visiblement fier. Elle m'a donné 99 % et m'a dit que je n'ai pas eu 100 % parce que je n'avais pas remis un essai – c'était vrai!» «Je me souviens que Daniel avait excellé dans ce travail, dit M me Carrier. La forme était non tradi- tionnelle, mais c'était un examen extraordinaire de la satire sociale.» «Les encouragements de M me Carrier ont tout changé pour moi, dit M. Levy. Elle aurait pu me faire échouer, car je n'avais pas suivi les directives, mais au lieu de cela, elle m'a encouragé à penser de manière originale et à continuer d'écrire. «Je me souviens d'être sorti de la classe en me sentant appuyé et approuvé, et c'est pourquoi, quand j'y pense, je peux attri- buer ma carrière d'auteur pour la télévision à ce moment précis.» ■ «M me Carrier, EAO, créait un espace où l'on se sentait en confiance pour exprimer nos opinions», se souvient son élève Daniel Levy. Cette rubrique met en vedette des person- nalités canadiennes qui rendent hommage aux enseignantes et enseignants qui ont marqué leur vie en incarnant les normes de déontologie de la profession enseignante (empathie, respect, confiance et intégrité). PHOTO : TONY BOCK

Articles in this issue

view archives of OCT OEEO - PPP_Décembre_2016